Pensée binaire (ce n'est pas bien)

Même les machines ne pensent plus ainsi !

0 ou 1.

pas 0,5, pas 29675,56786765 ni un mot : seulement 0 ou 1 et c'est un "ou" exclusif.

Difficile de ne pas leur faire la guerre.

 

J'ai souvent la sensation que le principe du moindre effort nous pousse naturellement à passer d'un monde en couleurs et haute résolution à une image (une représentation qui n'est pas la réalité donc) en noir et blanc, non pas en niveau de gris mais bel et bien en noir et en blanc basse résolution. Au pire, elle est même composée de deux pixels parmi lesquels en plus, il faut choisir : le noir OU le blanc.

Il est très surprenant me connaissant qu'aucun texte n'ai encore fait son apparition sur lesailesbleues.fr avec pour thème cette foutue pensée binaire et guerrière !

 

Il y a une autre force qui opère insidieusement à nous propulser et à nous conserver dans les extrêmes et vers cette simplification de la compréhension du réel : l'orgueil.

Nous avons besoin de preuve de notre existence et de notre valeur. Pour les preuves ontologiques : l'eau et ensuite les miroirs ont joué un rôle fondamental. Les odeurs corporelles et les contacts d'autres peaux aussi mais nous les refusons de plus en plus, leurs effets sont toujours là mais nous les prenons de moins en moins en compte. Je pense que cela vient également de cet orgueil qui sépare l'Homme de l'Animal et est sans conteste une absurdité qui ne tient pas une seconde le moindre examen scientifique.

 

Ainsi l'Homme s'est concentré sur l'image, sur le paraître. Même les mots ont perdus de leur présence dans nos sociétés. Nous n'existons quasiment que dans les cas où un regard est posé sur nous. Comment alors être objectif et ne pas avoir de considération esthétique ? Certains même ressortent les vieilles théories nauséeuses du lien entre traits physiques et traits de personnalité.

 

Dois-je vraiment paraître ce que je pense être pour être accepté ?

ou si vous préférez, Marilyn Manson serait-il célèbre habillé en costume de trader ?

 

Cette logique (le jugement systématique de image) s'est étendue ensuite à la valeur de la personne entière. Nous jugeons de toute façon et il faut être rassuré sur sa propre valeur. C'est pourquoi l'orgueil préfèrera toujours se concentrer sur ce qui paraît moins bien. La télévision et la publicité l'ont très bien compris en diffusant majoritairement des crétins opaques et des écervelées finies. C'est plus flatteur !

Cette combinaison dangereuse de l'orgueil qui masque la faiblesse d'une pensée binaire est la base intellectuelle des extrêmes : noir ou blanc et il faut choisir lequel est mieux ! Évidemment la question ne reste pas en suspens longtemps : il suffit à l'extrémiste de trouver un miroir pour savoir qui défendre ! De même, homme ou femme ? combien de blagues plates s'appuie sur cette mécanique ? Le nord ou le sud ? Lyon ou Marseille ? Quelle polémique très intéressante au sujet des plaques d'immatriculation d'ailleurs ! Vive mon département !

 

Petite parenthèse aux patriotes de tous poils : Quelles actions glorieuses avez-vous mis en œuvre pour être nés quelque part et en être donc légitimement fier ?

Fin de la parenthèse.

 

Nous savons également depuis quelques temps que toutes nos capacités s'entretiennent par l'effort. Je ne parle pas seulement des muscles mais également de la mémoire, des capacités de réflexion, psychomotrices etc... le cerveau possède une grande élasticité, c'est à dire que la fonction crée l'organe en quelques sortes. Multiplier les activités diverses ET difficiles est une bonne façon de garder un ensemble d'outils physiques et cérébraux permettant de s'adapter rapidement à toutes les situations. Plus l'effort est grand : plus la nouvelle capacité se conservera longtemps.

Quand on choisi sa vie par son aspect facile : on n'a qu'une destination possible et elle n'est pas flatteuse : heureusement que nous sommes très orgueilleux ! Mais qui sont-ils pour me juger ? Pour me dire ce que je dois penser

 

Cet orgueil se traduit aussi par la consistance comportementale : j'ai fait ce choix à une époque, les informations ont changés mais je ne peux pas m'être trompé, je suis bon et intelligent, je ne suis pas un animal et au lieu de dépenser de l'énergie (bêtement ?) à revoir ma position : je persiste envers et contre tous ! C'est mon choix et ils doivent ME respecter. Un classique de raisonnement circulaire défensif !

 

Donnez un pouvoir à un binaire et vous aurez des discours à la Georges W. Bush "Si vous n'êtes pas pour nous : alors vous êtes contre nous" et vive la guerre préventive. Il y a une critique rapide de ce point dans les guerres de l'étoile, épisodes III, la revanche des Siths. Belle réponse d'ailleurs d'Obi : "Seuls les siths résonnent dans l'absolu"

 

L'Homme est décidément un animal torturé : Tout ce qui est bon demande plus d'effort que ce qui est destructeur et idiot. Nous devons sans cesse lutter. Le gras et le sucre nous attirent plus que la chlorophylle et les fibres, les raisonnements simples nous fatigues moins que les raisonnements justes et complets. (Combien ne peuvent pas attendre qu'un interlocuteur ait finis sa deuxième phrase avant de répondre : comme si toutes les idées ne devaient s'exprimer qu'en moins de 10 mots !

 

De même, les œuvres sont souvent tronquées, simplifiés, même les actions simples sont décrites dans certaines émissions de télé réalité. Un tel se brosse les dents. Les journalistes passent plus de temps à décrire qu'à décrypter, analyser, faire des parallèles, recouper. (là aussi de très nombreuses baffes se perdent !)

 

C'est une pression permanente et nous ne sommes clairement pas fait pour être parfait ! Merci les pulsions, merci les envies, merci l'amour de la chair, des alcools, des sensations plus ou moins fortes. Notre vie est parsemé de supplices de Tentale.

La passion des nuances et des équilibres complexes demandent beaucoup d'énergie et nous pouvons ressentir parfois un plaisir à être bête, à se laisser aller, à prendre l'instant tel quel, parfois malgré tout.

Personnellement, j'ai souvent l'impression de devoir répondre à celle ci d'interrogation :

 

Être meilleur ... ou vivre ?

 

Adrien Féraud / Conversation avec Paul Féraud du 17062011