La notion (illusoire) de race

Ce qui a motivé ce texte est une colère quant à l'incompétence de ceux qui ont une parole publique sur le sujet des différences entre les êtres humains (de nombreux journalistes lors de l'élection de Barack Obama, l'insupportable Éric Zemmour etc.).

Ces personnes prétendent que les noirs (souvent amalgamés aux musulmans) sont une race, les autres étant d'après eux, les blancs, les asiatiques et les juifs et les latinos.

Ces idées noires ne sont pas nouvelles (même la langue française facilite les amalgames).

Madame de Maintenon, épouse du roi Louis XIV, édita le funeste Code Noir qui statufia pénalement et juridiquement sur les noirs des îles colonisées et

ce malgré l'abolition de l'esclavagisme dans la déclaration universelle des droits de l'homme.

Cette dernière ne s'appliquait à l'époque qu'à la métropole (trop facile !). (ce code prévoyait également l'exclusion des juifs... pourquoi ? aucune idée...). Ce Code Noir suivait de très près les pratiques de l'honteux commerce triangulaire et leur donnait même un cadre officiel.

Je vous propose de faire une fois au moins la démarche de se demander ce qui nous différencie réellement et si, avoir un critère de couleur d'un coté et un critère géographique ou de religion de l'autre ne serait pas un peu ésotérique voire complètement idiot scientifiquement ? (j'avais prévenu : le ton laisserait peut-être de temps à autre ma colère survenir par soubresauts.)

Certains emploient le mot race sans jugement de valeur comme le philosophe Hippolyte Taine (XIXème), j'avoue pour ma part que cette position est trop facilement récupérable pour être uniquement innocente... Le doute persiste quand on connaît la sensibilité de ce mot.

Ce que l'on constate surtout est la chose suivante : les dérives eugénistes et/ou ségrégationnistes ont une constante : elles s'attaquent d'abord aux animaux et aux plantes et font ensuite le parallèle avec les humains (certes les humains sont des animaux, nous verrons également que même chez les animaux le mot “race” est une ineptie).

C'est ainsi qu'est née la notion de race qui (contrairement à ce que je pensais avant mes recherches sur ce thème) est une subdivision de l'espèce dans le domaine de la botanique.


Cette idée a ensuite été transposée avec moins de critères fiables scientifiquement aux autres animaux puis de manière uniquement idéologique aux humains.

Nous devons ce glissement de sens à Joseph Arthur de Gobineau, milieu du XIXe siècle, et à son ouvrage raciste "Essai sur l'inégalité des races humaines" (1853-1855). Puis sont apparues certaines variantes toujours pseudo-scientifique telles le darwinisme social et les théories eugénistes de l'évolution, le créationnisme, l'évolution à dessein, l’astrologie, les pierres guérisseuses, Madame Soleil, etc...

 

Sur notre planète La communauté scientifique reconnait à l'heure actuelle 3 règnes (et non pas 5): les eucaryotes, les eubactéries, et les archées.

Ces trois règnes sont caractérisés de la façon suivante:

- Les eucaryotes: leur matériel génétique est enfermé dans une structure que l'on appelle "noyau". Ce règne comprend entre autres: les champignons, les métazoaires (communément appelés animaux), les organismes de la lignée verte (dont font partie ce que l'on appelle communément les plantes), et pleins d'autres organismes dont je ne connais ni le nom, ni l'allure. Les eubactéries: leur matériel génétique est libre dans la cellule (ce sont des organismes unicellulaires).

Ce règne comprend tout un tas d'espèces pour le plus grand bonheur des microbiologistes : des Staphylococcus aux Bacillus, en passant par les Pseudomonas, les Escherichia, les Cyanobactéries... La liste est très longue !

- Les archées: ce sont aussi des organismes unicellulaires, elles sont proches des bactéries dans le sens où elles n'ont pas de noyau, mais plus proches des eucaryotes pour d'autres aspects. La principale différenciation qui est faite par rapport aux eubactéries est la composition de leur membrane. En ce qui concerne leur écologie, une partie des archées vit dans des milieux "extrêmes" (dans des sources hydrothermales - plus de 100°C, dans des lacs acides, milieux à haute concentration en sel...) et a donc un métabolisme adapté.


Elles sont moins bien connues que les eubactéries : à ma connaissance il n'y a pas de pathogène recensé, donc relativement peu de financement et d'études en cours si on compare avec l'énergie déployée pour des études sur le Staphylococcus aureus...

Toutefois dans ce règne, on retrouve les méthanogènes (littéralement: "productrices de méthane"), qui sont notamment présentes dans le système digestif des ruminants... et à l'origine des rots de méthane dont on accuse nos braves vaches !

Voilà pour cette petite correction (mes références sont mes cours de phylogénie de cette année, et des années précédentes, ainsi que la Classification phylogénétique du vivant de Lecointre et Le Guyader).

Adrien : Dans chacun de ces règnes : les étapes pour passer d'un niveau à un autre sont :

Le règne > le sous-règne > l'infra-règne > Le super-embranchement ou super-phylum > l'embranchement > le sous-embranchement ou sous-division > la super-classe (Georges Abitbol est classé ici par exemple) > la classe > la sous-classe > l'infra classe > le super-ordre > l'ordre > le sous-ordre > l'infra-ordre > la super-famille > la famille > la sous-famille > la tribu > la sous-tribu > le genre (on entend parfois le genre humain mais je pense que c'est un abus de langage, ou peut-être un terme plus littéraire pour désigner les traits de la personnalité humaine) > le sous-genre > la section > la sous-section > la série > la sous-série > L'espèce (De la même manière espèce Humaine est-il à sa place ici ?) > la sous-espèce > la variété > la sous-variété > la forme et enfin > la sous-forme.

En gras les rangs principaux avec, vous l'aurez remarqué : pas de notion de race quand on parle de taxinomie générale... (un scientifique pour nous éclairer sur l'intermittence de la notion de race dans les classifications ?)

 

Cette notion de race est aujourd’hui et malheureusement une convention pour les animaux domestiques sans appui de la communauté scientifique...

Les humains marrons (avec toutes les variantes) ne sont pas différents de nous (nous ne sommes pas référents (quelle prétention de l'avoir cru) : Ce sont les beiges et autres couleurs pâles qui ont perdu le taux important de mélanine dans la peau au fur et à mesure que les peuples allaient dans des contrées moins ensoleillées.

Je n'emploie pas ici le terme de noir et de blanc consciemment. Objectivement : personne n'est blanc, personne n'est noir, les variations de couleurs sont infinies chez les êtres humains comme dans la nature en général.


Parler de noirs et de blancs est pour moi déjà une expression de la pensée binaire que je combats et une porte ouverte vers le radicalisme et la ségrégation : elle permet de diviser, souvent pour régner. Je ne nie pas les différences, je refuse les cases trop simplistes. (Je préfère agir envers l'autre non pas en fonction de ce qu'il est, mais de ce qu'il fait et dit et cela devrait être encore plus vrai en tant qu'Entreprise ou en tant qu'État).

Autre point évident mais sur lequel je me dois malheureusement de revenir pour avoir encore entendu une bêtise à ce propos :

Tout n'est pas la conséquence d'un élément.

Quelques exemples : L'origine n'est pas maître de la personnalité et encore moins une fatalité quant au destin d'une personne. La religion n'est pas liée à une origine géographique, l'inverse est également faux :

- Les juifs ne sont pas tous israéliens et tous les israéliens ne sont pas tous juifs

- Les “noirs” ne sont pas tous africains ou/et musulmans.

- Les “blancs” ne sont pas tous catholiques. (Je suis beige et pastafarien par exemple ;))

- Les arabes ne sont pas tous anti-occidentaux.

- Tous les musulmans ne vivent pas leur religion de manière radicale.

- Tous les arabophones ne sont pas musulmans

- etc...

Montesquieu a joué de l'ironie pour défendre cette idée dans son texte "Contre l'esclavagisme" tiré de L'Esprit des lois. Un extrait :

"Il est si naturel de penser que c'est la couleur qui constitue l'essence de l'humanité, que les peuples d'Asie qui sont des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu'ils ont avec nous d'une façon plus marquée.

On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d'une si grande conséquence, qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains." [...]

 


Bref dans les discours politiques ou même dans la vie quotidienne : Dès qu'une personne généralise, vous pouvez être sûr qu'elle se trompe (ou qu'elle vous ment à dessein). … Ce qui constitue une généralisation (merci Épiménide ! ).

De la même manière, dès qu'une personne simplifie la vie, vous pouvez être sûr qu'elle se trompe (ou qu'elle vous ment à dessein).

Sauf quand elle parle d'une chose effectivement simple (histoire qu'Épiménide nous lâche un peu, je n'ai plus d'aspirine pour ses paradoxes !)

(Sinon, finalement Épiménide : les crétois sont des menteurs ou pas ?)

C'est la définition de respect du vivant qui se pose ici en fait. Depuis les dérives de l'ère industrielle et les questionnements légitimes sur la bio-éthique, les Humains ont pris conscience des dangers d'une vision trop anthropocentrique du monde.

Les consciences se portent davantage vers les préambules écologiques et autres textes fondateurs de la bio-éthique arbitrant les conflits entre respect du vivant, équilibre des libertés et droit d'investigations scientifiques.

(Quand par chance la religion ne s'en est pas encore mêlée...)

Marjorie Maréchal

Adrien Féraud

(recherches documentaires : Noémie Wermuth)


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